Smrt poslednjeg velikana srpske književnosti (Figaro Vox, 19.5.2014)

DOBRICA ĆOSIĆ: SMRT POSLEDNJEG VELIKANA SRPSKE KNJIŽEVNOSTI

Žan-Kristof Buison (Jean-Christophe Buisson)

Pisac i novinar Figaro Magazina, Žan-Kristof Buison, odaje počast Dobrici Ćosiću, srpskom piscu i bivšem predsedniku Jugoslavije, koji je preminuo u nedelju, 18. maja, u 93. godini.

Nesreća nikad ne dolazi sama. Posebno na Balkanu. Srbija, koju poslednjih nedelju dana pustoše poplave biblijskih razmera, u nedelju, osamnaestog maja, izgubila je svog poslednjeg književnog velikana. Dobrica Ćosić, koji je umro u snu u 93. godini, svojim opusom koji čine desetine hiljada gustih epskih stranica, slovi za srpskog Solženjicina. Poput autora Arhipelaga gulaga, i Ćosićeva književna ambicija zadire u istoriju, nacionalni identitet, rat i politiku. Poput ruskog pisca, i Ćosić trpi osude zapadnjačke inteligencije koja ipak bira da se ne meša u jugoslovenska pitanja umesto da se potrudi da ih shvati.

Rođen 1921. u Kraljevini Srba, Hrvata i Slovenaca pod vladavinom kralja Aleksandra, Ćosić je bio Srbin, ali to je shvatio tek u zrelom dobu. Kao mladić, bio je partizan i učestvovao u Titovom pokretu otpora, a potom, posle rata, u izgradnji komunističke Jugoslavije. Nakon toga je uvideo da je njen federalizam samo izgovor da se smrvi Srbija u okrilju jedne superstrukture s velikom verovatnoćom unutrašnjeg etničko-religioznog raspadanja. Isključen kao disident iz Saveza komunista 1968, pošto se usprotivio da se Kosovu pruži autonomni status (što je, prema njemu, bio preludijum razvoju albanskog nacionalističkog pokreta za nezavisnost: događaji će pokazati da je bio u pravu...), u narednim godinama se opredelio za srpski nacionalizam, koji će ga dovesti do sumnjivih i problematičnih poteza. Kao Miloševićeva podrška, našao se na čelu Savezne republike Jugoslavije između juna 1992. i juna 1993, usred rata s Hrvatskom i BiH. Deset godina kasnije, učestvovao je u obaranju istog tog Miloševića, pružajući podršku pokretu opozicije Otpor, ali će se i od njega distancirati saznavši da ga finansiraju fondacija Soros i drugi strani fondovi.

Ćosić nije govorio samo o Srbiji razorenoj ratovima, kobnim ideologijama i izgubljenim iluzijama. Njegove teme su se doticale i kraja tradicionalne, seljačke, marljive i pragmatične Evrope, izjedene napretkom i tehnikom, hobijima i utopijima.

Koliko se iščuđavalo njegovim političkim zaokretima i angažovanjima, koliko su izazivali nelagodu i osudu, toliko su njegovi romani bili vredni divljenja. Pripovedajući u sagi o porodici Katić istoriju svoje zemlje u XX veku, Ćosić nije govorio samo o Srbiji razorenoj ratovima, kobnim ideologijama i izgubljenim iluzijama. Njegove teme su se doticale i kraja tradicionalne, seljačke, marljive i pragmatične Evrope, izjedene napretkom i tehnikom, hobijima i utopijama. Time njegov romansijerski opus tolstojevske intonacije dostiže univerzalnost. Njegova lucidna melanholija podseća na melanholiju Ive Andrića, ali on se od autora romana Na Drini ćuprija razlikuje izuzetnim narativnim smislom za epopeju. Sva poglavlja Ćosićevih knjiga puna su krvi i znoja, suza i nepravde, izdaja i tragedija; ali u njima ima ogromne i bolne zapitanosti: gde se u našim najgnusnijim delima krije udeo čovečnosti?

Neka nam bude dozvoljeno da ovde iznesemo jednu ličnu uspomenu. Nekoliko sati posle petooktobarske revolucije 2000. kojom je svrgnut Slobodan Milošević, želeo sam da napravim intervju s čovekom koji se, uspevši da zbaci tiranina Jugoslavije posle Tita, spremao da svoju državu vrati među demokratske zemlje: reč je o Vojislavu Koštunici. Sastanak s njim koji je doveo do toga da Figaro Magazin objavi prvi međunarodni intervju novog srpskog predsednika, omogućio mi je Dobrica Ćosić. Zajedno s njegovim sjajnim prevodiocem, Slobodanom Despotom, sreli smo se prethodnog dana u predvorju hotela Palas, na čašici šljivovice. Te večeri je pogled pisca, sedog starca od skoro osamdeset godina, otkrivao odlučnost, ponos i toplinu. Iznenada mi se učini da preda mnom sedi jedan od junaka njegove monumentalne istorijske sage, izbegao iz sela Prerova. Ćosić je sada negde gore, među svojim junacima, veoma visoko.

  • Vreme smrti, Vreme zla, Vreme vlasti, Vreme vlasti 2 (prevedeno kao Le temps de l’imposture ou le roman de Tito), objavljeni su kod izdavača L’Age d’Homme.

(Le Figaro/Vox, 19.5.2014. Prevod s francuskog: J. K.)

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Quand un père doit baptiser seul son bébé mourant

En guise d'office du Vendredi saint, je traduis ce texte bouleversant publié ce jour par mon ami Dragoslav Bokan.

*

En 1993, dans la nuit du Vendredi au Samedi Saint, mon fils Vlad âgé de trois jours est décédé dans l’hôpital de la rue Reine Nathalie, à Belgrade. Au moment précis du passage sous le linceul du Christ, le petit martyr et grand combattant a quitté ce monde. Né avec une blessure causée par l’accouchement, il avait passé pratiquement toute sa courte vie à pleurer dans de terribles douleurs. C’est à peine s’il se calmait un peu dans son sommeil. Je suis parvenu à le baptiser, à la place du prêtre (l’entrée de la maternité leur était interdite), et sur le conseil de l’évêque (à l’époque hiéromoine) Ignace, qui était le confesseur des moniales du monastère de la Présentation de Marie et que j’étais allé consulter sur les mesures à prendre pour sauver l’âme de mon fils.

Lorsque je suis entré dans la chambre où gisait Vlad (avec deux « témoins », ses parrains), il dormait, épuisé par ses souffrances. Il était calme, ne semblait même plus respirer. Je me suis dressé devant lui, en uniforme, et j’ai tracé le signe de la croix en l’air au-dessus de son front. A cet instant précis, il a ouvert les yeux et m’a regardé. Sans pleurer, pour la première et dernière fois, il m’a regardé, droit dans les yeux.

C’était comme si le rayon de lumière de ses petits yeux bleus (qui brillaient comme des diamants) avait pénétré, à travers mes pupilles, dans mon cœur et l’avait embrasé. Cette interminable seconde d’un regard qui dure encore dans ma mémoire a transformé le temps en éternité, et cette chambre d’hôpital en Temple. J’ai baissé mon bras (arrêté net dans son mouvement par ce regard), et après avoir à peine pu prononcer la première phrase du sacrement de baptême, je me suis mis à pleurer. Sans sanglots, sans le moindre bruit, mon visage avait soudain été inondé de larmes, comme si l’on avait projeté un voile d’eau sur mes yeux, mes joues, ma barbe… Je ne voyais plus rien, sauf cette lumière mystique et pénétrante des yeux bleus de mon fils agonisant, Vlad.

Comme si ç’avait été lui qui m’avait donné sa bénédiction.

J’ai déposé une petite icône de la Mère de Dieu dans ses langes, et, ne pouvant plus y tenir, je me suis littéralement précipité hors de ce triste et grandiose baptistère. Jamais de ma vie je n’ai pleuré autant. Et jamais je n’ai rien ressenti de plus terrible que cette muette conversation des regards. La seule conversation que nous ayons jamais eue.

C’est ainsi que fut baptisé mon petit, mon premier enfant.

Je l’ai enterré, avec la bénédiction de Mgr Irénée, au monastère des Saints-Archanges de Kovilj, et planté sur sa tombe une croix de marbre blanc gravée de lys et de paroles d’Évangile. Mon petit combattant, Vlad, avait résisté jusqu’à son baptême et témoigné, pendant ces trois jours de souffrances, de choses qui nous sont inaccessibles et mystérieuses. Et moi, j’avais dû littéralement user de menaces, au pistolet et à la grenade, dans ce sinistre hôpital privé de Dieu, pour pouvoir entrer dans sa chambre et le baptiser. Personne, à ma connaissance, ne l’avait jamais fait avant moi. Car personne ou presque ne sait qu’il est possible de baptiser quelqu’un sans la présence d’un prêtre, en des cas comme celui-ci. Je l’ignorais moi aussi, jusqu’à ce que la main de Dieu m’en ait instruit en me menant au lieu précis où je devais l’apprendre.

Lorsque j’ai su que le petit être allait mourir, je me suis mis à errer comme un fou dans les rues de Belgrade. Je fuyais la maternité, n’importe où… le plus loin possible de l’endroit où j’avais appris l’horrible nouvelle. Comment j’ai fait pour ne pas me faire écraser, Dieu seul le sait. Je marchais, j’errais ainsi, sans savoir où j’allais ni ce que j’allais devenir.

A un moment donné, en levant le regard, j’ai vu l’église du saint Empereur Constantin et de la sainte Impératrice Hélène, à Voždovac. Aujourd’hui encore, j’ignore comment j’étais arrivé là, et pourquoi justement là. J’avais vécu dans le voisinage de cette église dans mon enfance, fréquentant l’école Karageorges voisine, et puis j’avais chanté dans le chœur de Pavle Aksentijević lors de la consécration des étranges et flamboyantes fresques de Militch de Matchva.

J’ai pénétré, confus, dans l’église. Comme si c’était la première fois. Tout me paraissait différent et altéré, comme dans un rêve. Je me suis approché du guichet où l’on vend les cierges, j’en ai pris un petit en cire, et puis j’ai demandé la revue « Hilandar » qui était exposée un peu sur le côté. Je n’avais ni l’envie ni la force de lire quoi que ce soit. Je ne sais pas pourquoi j’ai demandé cette revue (ni comment j’avais fait pour l’apercevoir), mais c’est ce que j’ai fait. Totalement inconscient, porté par une volonté étrangère et bien plus forte que la mienne. J’ai ouvert « Hilandar », vers le milieu, et j’ai découvert un article parlant d’un hiéromoine russe qui visitait les maternités pour y baptiser les nouveau-nés mourants et sauver leurs âmes.

Je ne croirais pas mon récit, si je ne l’avais moi-même vécu.

Après cela, je suis allé à la Présentation pour y recevoir la bénédiction d’Ignace.

C’est ainsi que fut baptisé le petit Vlad Bokan, ma bénédiction céleste, qui depuis lors me suit et me garde.

PS

Un jour, il y a longtemps, ma petite Sophie, (née exactement un an et demi après), lors d’une promenade, m’avait demandé de lui acheter un ballon coloré rempli d’hélium. Lorsqu’elle l’a obtenu, elle l’a aussitôt laissé monter dans les airs en disant d’une voix calme et grave : « Ça, papa, c’est pour mon frérot Vlad. Pour qu’il ait de quoi jouer là-haut au ciel…*

En regardant le petit ballon de Sophie monter au ciel et diminuer petit à petit, jusqu’à n’être plus qu’un petit point dans les nuages blancs, j’ai senti que son frère était vivant et qu’il veillait sur nous.

Et puis, de nouveau, ces larmes…

(Dragoslav Bokan)

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Un malentendu sur la nature

Glané au fil d'une traduction:

«Ce tourisme, que l’on voit dans les Alpes, donne la fausse impression que l’humanité a commencé d’éprouver sincèrement la beauté de la nature. La vérité, cependant, c’est qu’on ne va dans la nature qu’en été, dans les jours d’oisiveté, lorsqu’il s’agit de reprendre des forces pour les jouissances débridées de la vie citadine. Nul ne sait ressentir comme il faudrait un champ profond parsemé de fleurs, un ciel inondé de lumière, des bois emmitouflés d’ombres. Nul ne voit à quel point ce sentier que nous parcourons chaque jour paraît différent à chaque fois, et qu’aucun matin ne ressemble à l’autre. Nul ne sait plus suivre la vie d’une plante depuis son germe jusqu’à son dernier rameau desséché, ni éduquer un animal de façon à connaître les charmes de son enfance, la fougue de sa jeunesse, la force de son accouplement. Ils donnent leur terre en location à d’autres pour ne pas la travailler eux-mêmes dans la joie qui jaillit de chaque ornière et qui tombe de chaque branche. Ils fuient les plus beaux événements de ce monde: le soleil, la pluie, le vent, les étoiles, la brume. Il y a des gens qui, de toute leur vie, n’ont vu que quelques couchers de soleil, et il en est encore moins qui ont vu l’aube et les orgies du point du jour. — N’admirent la nature que les enfants et les fous; eux seuls parlent avec les plantes le long du chemin et avec les pierres du champ. A l’opposé d’eux se tiennent encore les philosophes et les poètes, qui s’exaltent puérilement et s’émerveillent follement de tout ce que les autres dédaignent.»

Jovan Dučić, «Première lettre de Suisse», in Cités et Chimères. (1906)

Cités et Chimères, extraordinaire correspondance de voyage d'un des plus grands poètes serbes, est à paraître aux éditions Xenia.
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